Lettre ouverte au General de Brigade Leonidas Rusatira

Publié le par Nikozitambirwa

Arusha, le 24 avril 2006

 

 

Lettre ouverte au Général de Brigade Léonidas Rusatira

 

 

Au Général Rusatira,

 

 

Email: <ramukal@ayahoofr>

 

 

Veuillez trouver en annexe les observations faites par vos

 

 

anciens camarades d' arme sur votre récent livre intitulé

 

 

« Rwanda, Le droit à l'espoir ».

 

 

Amitiés !

 PAR



 








OBSERVATIONS SUR LE LIVRE




DU GÉNÉRAL DE BRIGADE LÉONIDAS RUSATIRA




« RWANDA, LE DROIT A L ’ESPOIR »

Table de matières

 

 

1.           Introduction--------------------------------------------------------------------------------------------- 3

 

 

2.           Sur l’identité de l’auteur du livre------------------------------------------------------------------ 4

 

 

3.           A propos du rôle joué auprès du Président Juvénal Habyarimana.------------------------ 4

 

 

4.           Le Général Rusatira face à l’invasion du Rwanda---------------------------------------------- 6

 

 

5.           Sur le rôle de Rusatira dans la conduite de la guerre----------------------------------------- 8

 

 

6.           Sur les négociations de paix----------------------------------------------------------------------- 14

 

 

7.           Sur la définition de l’ennemi----------------------------------------------------------------------- 15

 

 

8.           Sur la mise en place du comité de crise--------------------------------------------------------- 17

 

 

9.           Sur le remplacement du Général Déogratias Nsabimana ----------------------------------- 18

 

 

10.       Sur les tentatives d’assassinat dirigées contre Rusatira ----------------------------------- 20

 

 

11.       Au sujet de l’opération « SOS Butaro »--------------------------------------------------------- 22

 

 

12.       Sur les propos divisionnistes---------------------------------------------------------------------- 23

 

 

13.       Son rôle de rassembleur---------------------------------------------------------------------------- 24

 

 

14.       Conclusion--------------------------------------------------------------------------------------------- 25

 

 


OBSERVATIONS SUR LE LIVRE DU GENERAL LEONIDAS RUSATIRA « RWANDA, LE DROIT A L’ESPOIR », EDITIONS L’HARMATTAN, 2005

 

 

1.       Introduction

 

 

En lisant l’annonce de la sortie du livre intitulé « Rwanda, le Droit à l’espoir », tout Rwandais ou toute autre personne qui a connu les tragédies récentes survenues dans ce pays, a sans doute été tentée de se le procurer et de le lire. Elle est immédiatement portée à le parcourir pour voir ce que son auteur propose comme solution capable de redonner l’espoir qui a déserté les cœurs des Rwandais, voilà plus de quinze ans. C’est cette curiosité qui nous a incités à lire attentivement ce récent livre du Général de Brigade Léonidas Rusatira, paru aux Editions L’Harmattan, à Paris, au cours de l’ année 2005. Après la lecture, nous n’avons pas voulu demeurer indifférents face aux impressions que nous avons ressenties parce que le Rwanda reste notre mère patrie et que tout ce qui nous rapproche de lui, nous touche profondément.

 

 

Tout au début du livre, l’auteur dit qu’il n’a pas l’intention de parler du mal de lui-même et qu’il laisse cette tâche aux autres. Nous savons que la perfection n’est pas de ce monde. Nous admettons que chaque personne a ses qualités et ses défauts. Il est aussi normal que Rusatira ait connu des succès mais aussi, comme tout homme faillible, des échecs et des défaillances au cours de sa vie. Il n’aurait pas dû avoir honte de parler de tout cela pour autant qu’il avait décidé de parler de lui-même à moins d’accepter qu’il a sciemment travesti la vérité pour sauver sa face. Nous voulons d’emblée préciser que nous n’entendons pas répondre à l’appel qu’il a fait à l’endroit de ceux qui l’on connu pour étaler son côté faible.

 

 

Cependant nous devons dire que nous avons constaté que son amour propre démesuré constitue un obstacle important qui l’empêche de rétablir correctement et objectivement les faits surtout ceux dans lesquels il a eu à jouer un rôle. C’est pour cela que nous avons décidé d’apporter des éclaircissements sur quelques-uns des nombreux sujets qui frisent des demi vérités quand ils ne sont pas manifestement des contrevérités.

 

 

Pour commencer, nous partageons l’approche intellectuelle de l’auteur qui dit que les historiens sont des fleuves dont nous sommes les sources et qu’ils nous enseignent ce que nous leur avons appris.

 

 

Notre modeste contribution à ce gigantesque chantier de la restitution des événements nous demande de rompre certaines barrières des à-peu-près, des hypothèses et des spéculations.

 

 

Qui plus est, nous devons garder à l’esprit que nos propos sont reçus par des milliers de personnes dont l’immense majorité risque de les prendre pour argent comptant surtout quand tous les lecteurs ne disposent pas des outils nécessaires qui leur permettent de faire une analyse objective.

 

 

Dès lors, nous nous sentons dans le devoir de leur fournir des éléments de nature à leur permettre de placer correctement les faits dans leur vrai contexte et de connaître ainsi la vérité.

 

 

Pour ce faire, il est indispensable de résister à ses états d’âme qui peuvent induire en erreur ceux qui croient puiser à de bonnes sources. Même si la nature humaine a tendance à se dérober à cette éthique, l’honnêteté intellectuelle nous y soumet.

 

 


2.             Sur l’identité de l’auteur du livre

 

 

S’il est vrai que l’auteur a amplement donné son identification dans le chapitre 1 de son ouvrage, intitulé « Ma carte de visite », il a délibérément omis de dire qu’à l’école primaire et à l’école secondaire, au Collège du Christ Roi de Nyanza, il portait le nom que ses parents lui avaient donné, Nturanyeninkiko, nom qui signifie : « j’habite parmi les rivaux ou je vis avec les gens qui ne me veulent pas du bien ». Dans le langage courant, on pourrait être tenté de penser faussement qu’il signifierait aussi : « j’habite tout près de la frontière ». En classe de poésie1, il a pris le nom de Rusatira (Rusatirantambara). Il va donc sortir du Collège avec un autre nom pour entrer à l’École d’Officiers avec le nouveau nom que nous lui reconnaissons aujourd’hui

 

 

Les gens de sa région se rappellent des embarras qu’ils ont eus pour s’accoutumer à ce nouveau nom dont ils n’ont pris connaissance que lorsque l’intéressé avait le grade de sous-lieutenant. A cette époque, un sous-lieutenant était une personnalité importante. Ils n’ont pas oublié les engueulades de Rusatira contre ceux qui, par ignorance, avaient le malheur de le saluer par son nom de Nturanye (diminutif de Nturanyeninkiko), à l’occasion de ses visites dans la région. Ces engueulades n’ont pas manqué de révolter les plus sensibles.

 

 

Pourquoi n’a-t-il pas mentionné cet élément important de sa carte de visite et informé ses lecteurs sur les raisons qui ont motivé ce changement de nom? L’auteur aurait probablement des raisons de cette grande omission.

 

 

Au milieu des années 1980, au moment où l’appellation de Chef de Cabinet devint Secrétaire Général du Ministère de la Défense (MINADEF), le Général Rusatira a changé sa date de naissance et sa signature. Alors qu’il était enregistré dans son dossier, avec pièces ad hoc à l’appui, qu’il était né en 1943, il a fait modifier cette date pour dire qu’il est né en 1944.

 

 

Pour chercher à être dans les normes, il est retourné dans sa commune d’origine pour réclamer les pièces d’identité, lesquelles ont été visées par le Notaire, avant d’être versées dans les dossiers en remplacement de celles remises au moment du recrutement. Il est clair que la Commune, en complicité avec le Général Rusatira, a falsifié ces nouveaux documents, qui ont été par la suite visés par le Notaire qui ne comprenait rien dans ce jeu pour le moins sournois. Nous laissons aux curieux le soin de s’adresser à lui pour lui demander les raisons à la base de ces changements à tout le moins bizarres !

 

 

Enfin, un autre fait tout à fait étrange est celui-ci. En avril 1994, Rusatira est promu au grade de Général de Brigade par le Gouvernement intérimaire dirigé par le Premier Ministre, Jean Kambanda. En juillet 1994, le Gouvernement de Jean Kambanda perd la guerre déclenchée par le FPR /NRA. Après un très court séjour en exil à Bukavu2, Rusatira rentre au Rwanda pour rejoindre l’Armée Patriotique Rwandaise, vainqueur de la guerre. Dès son arrivée, en août 1994, le Gouvernement FPR le rétrograde au grade de Colonel. Depuis lors jusqu’à sa désertion ou à son renvoi du FPR, il a toujours porté le grade de Colonel. C’est seulement dans son exil au Kenya, en 1996, qu’il a commencé à se présenter encore une fois comme Général de Brigade dans ses déclarations. Ayant été nommé Général de Brigade par le Gouvernement intérimaire, il a été rétrogradé au grade de colonel par le gouvernement FPR. Il devrait donc expliquer comment il a pu recouvrer par après le grade de Général de Brigade.

 

 

3.             A propos du rôle joué auprès du Président Juvénal Habyarimana.

 

 

En abordant ce point, nous allons centrer nos observations sur les fonctions de Léonidas Rusatira en tant que Chef de cabinet, appellation devenue plus tard Secrétaire général, au Ministère de la Défense. Pendant vingt-deux ans, Léonidas Rusatira s’y était imposé comme

 

 

1    La classe de poésie correspond à l’avant dernière année avant de terminer le cycle complet de l’école secondaire.

 

 

2    Dans son Livre, Rwanda, l’espoir, Rusatira a dit que c’était le représentant du FPR à Bukavu qui a facilité à son équipe de rejoindre Gisenyi, à partir de Bukavu, via Goma.

 

 


le dépositaire légitime et irremplaçable qu’aucun autre officier des FAR ne pouvait rêver occuper ce poste.

 

 

S’il tient à signaler qu’il fut nommé au poste de chef de Cabinet du Ministère de la Garde nationale et de la police en 1970, il devrait être plus équitable en reconnaissant que c’est le Président Habyarimana qui l’y a maintenu durant à peu près vingt ans. Comme il le confirme lui-même à la page 24 de son livre, il y est arrivé avec le grade de lieutenant et a reçu tous les autres grades dans cette même fonction jusqu’à celui de colonel.

 

 

Les FAR n’ont pas encore oublié de nombreux documents administratifs dont des lettres portant des directives et instructions du Ministre de la Défense Nationale qu’il a signées depuis 1970 jusqu’en 1992. Tout le monde sait qu’il était l’homme puissant auprès du Général Habyarimana et qu’il était parvenu à se confondre avec les acronymes DIRCAB d’abord et plus tard SEGEDEF signifiant respectivement Directeur de cabinet et Secrétaire général au MINADEF.

 

 

Curieusement, Rusatira prétend qu’il n’avait pas de poids et qu’il y est "resté assez longtemps pour tout savoir sans rien savoir 3». Vouloir faire accepter cette affirmation aux personnes qui ont été placées sous son autorité ou qui l’ont connu, serait aussi difficile que d’essayer de faire admettre à un vieillard qu’il ne va pas se brûler les doigts s’il touche dans le feu.

 

 

Tous les dossiers à destination ou en provenance du Ministre de la Défense passaient devant Rusatira. En tant que coordinateur du travail des différents services du Ministère de la Défense, il a dû émettre des avis sur beaucoup de dossiers. Mais il faut reconnaître que ce travail de coordination ne fut pas un succès. Même si chacun des différents hauts responsables avait ses qualités et ses défauts, nous savons que Rusatira a été en compétition déloyale avec ses proches collaborateurs, au lieu de rechercher l’esprit de collaboration et de complémentarité pour l’intérêt supérieur de la nation. Ces attitudes étaient quelquefois même provocatrices comme par exemple, le fait de recruter des informateurs et partisans parmi les jeunes officiers et de les monter contre certains chefs militaires tels que les Colonels Serubuga et Rwagafirita. En effet, cette situation a eu un impact très négatif sur le moral et l’efficacité des Forces Armées Rwandaises. Suite aux intrigues, aux chicanes administratives et règlements de comptes au sommet du commandement, les FAR étaient, à la veille de l’invasion d’octobre 1990, mal gérées, mal organisées, mal équipées et mal entraînées pour remplir efficacement leur mission de défense de la nation. Il faut aussi souligner que ces tares ont marqué les FAR tout au long de la guerre. Rusatira l’avoue lui-même mais sans se faire le moindre reproche.

 

 

Il convient également de souligner qu’en plus de son rôle de numéro deux au Ministère de la Défense, Rusatira a exercé des fonctions politiques au plus haut niveau de l’Etat. En effet, Léonidas Rusatira a été membre du Comité Central du MRND, de 1983 à 1991. Avec rang protocolaire supérieur à celui des ministres, seulement cinq officiers des FAR ont occupé cette position à savoir: Colonel Kanyarengwe, Colonel Nsekarije, Colonel Serubuga, Colonel Rwagafilita et Colonel Rusatira. A ce titre, Rusatira a participé à la prise de décisions politiques au niveau le plus élevé de l’Etat.

 

 

Lui qui dit qu’il ne sait pas, peut-il oser dire combien de fois il a été en désaccord ave les grandes positions politiques dans le cadre du Comité Central du MRND ?

 

 

Rusatira a piloté les grands dossiers du Ministère de la Défense notamment ceux de la coopération soit en se rendant personnellement dans des missions à l’étranger soit en dirigeant des réunions avec différentes délégations des pays amis ?

 

 

Le nom de Rusatira est archi-connu dans les services des pays qui ont eu à coopérer militairement avec le Rwanda d’une façon ou d’une autre. Immanquablement les archives existent.

 

 

3 Léonidas Rusatira, Rwanda, Le droit à l’espoir, p. 23

 

 


Avec l’avènement du multipartisme, le Président Habyarimana a cédé le ministère de la Défense depuis fin décembre 19914. Dès lors, Léonidas Rusatira ne pouvait pas monopoliser pour longtemps encore le poste de Secrétaire Général dans ce Ministère. C’est ainsi qu’il le quitta en juin 1992 pour devenir commandant de l’Ecole Supérieure Militaire (ESM), un poste aussi important au sein du Ministère de la Défense Nationale. Rusatira a donc été pendant plus de vingt-deux ans parmi les plus proches collaborateurs de Habyarimana et l’officier qui, après celui-ci, a le plus participé à la prise de décisions qui ont marqué l’histoire des FAR.

 

 

Rusatira peut ne pas vouloir se ranger parmi les admirateurs de Habyarimana pour des raisons conjoncturelles. Néanmoins, nous pensons qu’il exagère quand il traite celui-ci de « petit mégalomane»5. Tout lecteur qui connaît ces deux hommes, c'est-à-dire, Juvénal Habyarimana et Léonidas Rusatira, ne manquerait pas d’être complètement bouleversé et sidéré de lire de tels propos écrits par celui qui fut très longtemps son bras droit. Habyarimana a travaillé pour le progrès et le bonheur de son peuple jusqu’au sacrifice suprême. Il ne devrait pas mériter un tel traitement de la part d’un officier qui a passé presque toute sa carrière à ses côtés sans le dénoncer ni tenter de se démettre. N’est-ce pas un signe qu’il approuvait ce que son chef faisait ? Nous pensons que l’attitude actuelle de Léonidas Rusatira répond plutôt à d’autres calculs.

 

 

Il est acculé de prendre ses distances par rapport à Habyarimana que la propagande a cherché qu’il soit l’homme par qui le malheur des Rwandais est arrivé.

 

 

Avec cette position, Rusatira est bien dans la peau du vaincu dont il brosse le portrait dans son livre à la page 37 où nous lisons : « Le vaincu ne renonce pas seulement au pouvoir, il cède aussi son âme et son histoire. Il ne marche plus droit mais courbé pour cacher qu'il a encore la conscience et la fierté. Il n 'ose pas jeter un coup d'œil sur ce qui lui appartenait de peur d'irriter le nouveau propriétaire. Il se cache lui-même dans l'oubli. Les nouveaux détenteurs du pouvoir détruisent tout ce qui déplaît en s 'appropriant ce qui leur plaît. Ainsi les vaincus sont efacés jusqu'au nom ; ils n 'ont pas existé ; les générations futures n 'en auront aucune référence ».

 

 

Comme Habyarimana déplaît à ses assassins, il doit déplaire au vaincu pour ne pas irriter le nouveau propriétaire. Surtout il ne faut pas montrer que l’on fut son proche, son fidèle, son confident et son âme damnée. Il est riche de sens ce proverbe maghrébin qui dit : « Quand un taureau tombe, les couteaux se multiplient »6.

 

 

4. Le Général Rusatira face à l’invasion du Rwanda

 

 

Rusatira expose sur plusieurs pages de son livre une rumeur selon laquelle l’invasion du Rwanda était au départ un simulacre d’attaque convenue entre le Président Habyarimana, le Président Museveni et Rwigyema : « Les deux présidents auraient alors convenu d'un stratagème qui ne manquait ni d'imagination ni de perspectives. Il fallait un simulacre d'attaque arrêtée dès son déclenchement et suivie par des négociations avec comme résultat déjà connu l'acceptation par le Rwanda du retour de tous les réfugiés sans condition; eux-mêmes cessant, par l'entremise de Rwyigema parrainé par Museveni, tout acte d'hostilité contre le régime rwandais. Une véritable gageure pour le président Habyarimana : trouver

 

 

4 Dans la foulée, le Président Habyarimana a cédé aussi les postes de chef d’Etat Major de l’Armée et de la Gendarmerie. Le Président a renoncé au cumul de fonctions, comme il l’avait annoncé au cours de la réunion des responsables militaires du 04 décembre 1991, pour une meilleure gestion des FAR (voir La Relève N° 202 du 06 au 12/12/91 p. 3).

 

 

5 Léonidas Rusatira, Rwanda, Le droit à l’espoir, p. 184.

 

 

6 Un proverbe rwandais similaire dit: « Iguye hasi ntayitayigera ihembe ». Certes Habyarimana avait des défauts comme tout être faillible, mais il faut reconnaître qu’il avait aussi des qualités intellectuelles et de chef.

 

 


une issue honorable au problème de ses réfugiés, et sauvegarder ainsi son amitié avec Museveni mais sans perdre sa popularité auprès de sa propre population. »7

 

 

Une telle rumeur vise à présenter Habyarimana comme une personne sans vision stratégique ni politique, une personne d’une naïveté excessive. Si de tels faits s’avéraient exacts, on le qualifierait même de traître.

 

 

D’aucuns se demandent quels sont les mobiles qui poussent Rusatira à répandre sans preuve une rumeur non fondée sur une ludique guerre convenue d’avance entre l’Uganda et le Rwanda, dans le but de trouver une solution à une question des réfugiés Tutsi.

 

 

Nous pensons qu’un conte de fée de ce genre n’a pas de place dans un débat portant sur un drame comme celui que le Rwanda a vécu depuis le mois d’octobre 1990, à cause de l’invasion du Rwanda par la coalition NRA/FPR à partir du territoire ougandais. Personne n’a le droit de mettre en doute la volonté politique des autorités rwandaises pour trouver une issue pacifique au problème des réfugiés rwandais. Il suffit de lire le rapport sur la visite officielle du Président Habyarimana en Uganda du 04 au 06 février 1988 et sur les pourparlers qui ont suivi cette visite dans le cadre de la commission mixte mis en place sur le problème des réfugiés pour constater que le Gouvernement rwandais voulait une solution pacifique à la question des réfugiés. Le scénario, tel qu’exposé par Rusatira, est donc inimaginable.

 

 

Malheureusement, le FPR a voulu anticiper sur les travaux de la commission mixte pour le retour pacifique de ces réfugiés en envahissant le Rwanda le 01 octobre 1990. Ni l’accélération des travaux de la commission mixte, ni la visite à Kampala du Ministre Casimir Bizimungu, fin septembre 1990, n’ont arrêté l’agression du Rwanda par la coalition NRA/FPR.

 

 

En tant que Secrétaire Général au Ministère de la Défense, Rusatira était au courant de toutes ces démarches d’autant plus qu’il était membre du Comité Central du MRND et qu’il représentait le Ministre de la Défense dans le CIC ministériel de sécurité8. Toutes les démarches entreprises par le gouvernement rwandais constituaient des signes forts que celui-ci voulait une solution rapide et pacifique de la question des réfugiés rwandais. Par contre, le FPR a court-circuité et devancé ce projet qui devait lui ôter automatiquement les arguments et les ressources humaines pour attaquer le Rwanda.

 

 

Le Général Rusatira avait reçu, à la fin des années 1980, des informations sur l’imminence de la guerre contre le Rwanda9. Beaucoup de signes avant-coureurs étaient observables, notamment à travers le Journal Impuruza du Professeur Alexandre Kimenyi qui sensibilisait les réfugiés Tutsi de la diaspora à attaquer le pays10. Les renseignements sur les préparatifs de guerre par les réfugiés Tutsi en Uganda parvenaient régulièrement au Ministre de la Défense nationale. Mais qu’a fait Rusatira de ces renseignements au delà de son livre paru à la veille de l’invasion et dont le titre est assez évocateur : La guerre des faibles? Pourquoi n’a-t-il pas contribué à la mobilisation des ressources et des moyens militaires suffisants de manière à

 

 

7 Léonidas Rusatira, Rwanda, Le droit à l’espoir, p. 129

 

 

8 Le CIC (Commission interministérielle de coordination) en matière de sécurité regroupait le Ministre de la défense, celui de l’intérieur, de la justice, des affaires étrangères et le Directeur de l’ORINFOR (Office Rwandais d’Information).

 

 

9 Dans son livre “Noires fureurs, blancs menteurs”, M. Pierre Péan fait état, à la page 46, d’un télégramme envoyé par Rusatira à l’Elysée, en mars 1990, sur la menace d’une attaque contre le Rwanda par les réfugiés rwandais installés en Ouganda.

 

 

10 Selon les informations dignes de foi, Rusatira a défendu, au cours d’une réunion du Comité Central du MRND à ce sujet, l’idée selon laquelle il ne fallait pas informer la population sur les attaques éventuelles par la diaspora Tutsi. Mais curieusement, à la page 132 de son livre, il attribue cette position déplorable au Président Habyarimana au lieu de l’assumer personnellement en tant qu’auteur et défenseur devant les membres du Comité Central du MRND.

 Pour l'intégralité de la lettre, lire:

Publié dans nikozitambirwa

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